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La crise du crédit, une menace de premier ordre pour la croissance en Europe

Un choc financier bien plus difficile à appréhender qu’un choc pétrolier.
DANS le doute abstiens-toi. C’est le sens qu’il convient de donner aux décisions de la Banque centrale européenne et de la Banque d’Angleterre de s’en tenir au statu quo en matière de taux d’intérêt. Mais l’absence de mouvement ne signifie pas le silence. Bien au contraire. Ainsi a-t-on vu la Banque d’Angleterre publier un communiqué, ce qui est totalement inhabituel de sa part quand elle ne modifie pas ses taux directeurs. « Il est trop tôt pour dire dans quelle mesure les perturbations des marchés financiers vont réduire la fourniture de crédit aux entreprises et aux ménages », y lit-on.

C’est pourtant la question essentielle : quel sera l’impact de la crise du crédit sur l’économie réelle ? Jean-Claude Trichet, le président de la BCE, a tenu quant à lui une conférence de presse, mais il n’en a rien dit. Tout au plus a-t-il annoncé que la BCE avait légèrement revu à la baisse son pronostic de croissance pour la zone euro, la ramenant de 2,6 % à 2,5 % en 2007. Cela paraît d’autant plus véniel qu’elle maintient sa prévision 2008 inchangée à 2,3 %. En même temps, Trichet a réitéré ses craintes vis-à-vis des risques d’inflation, qui restent « orientés à la hausse sur le moyen terme », a-t-il dit.
Cette obsession de l’inflation, tellement horripilante pour tous ceux - et ils sont nombreux en France - qui considèrent que le danger en est fantomatique, reste paradoxalement de bon augure. A contrario, cela montre que la BCE ne croit pas à un scénario de credit crunch généralisé, où les banques cesseraient de prêter aux particuliers, aux entreprises, mais également aux fonds d’investissement. Du moins la BCE pense-t-elle être en mesure d’enrayer ce scénario du pire.

Véritable dilemme
Car l’économie européenne n’est pas à l’abri d’une menace de credit crunch. Les canaux de transmission d’une contraction du crédit seraient d’autant plus difficiles à circonscrire que les marchés en sont désormais titrisés et que personne ne sait exactement qui porte le risque. Or, comme le rappelle la banque Morgan Stanley dans une étude sur les risques de contagion de la crise immobilière et du subprime des États-Unis vers le Vieux Continent, l’Europe a bénéficié elle aussi d’une bulle du crédit, qui la rend aujourd’hui vulnérable.
Entre 1996 et juillet 2007, les encours de prêts aux entreprises sont passés de 53 % à 84 % du PIB (produit intérieur brut) de la zone euro. Sur la même période, les prêts aux ménages ont augmenté eux aussi de moitié (de 42 % à 61 % du PIB).
L’Espagne a manifesté le plus grand dynamisme à cet égard, à tel point que les crédits en cours du secteur privé (particuliers et entreprises) représentent 185 % de son PIB annuel, un ratio supérieur d’un tiers à ce que l’on constate par exemple en France, en Italie et en Allemagne.
Les banques centrales sont donc confrontées à un véritable dilemme. Il leur faut à court terme endiguer la crise de liquidité interbancaire. Il serait d’ailleurs plus exact de parler de crise de confiance des banques, car globalement elles ont toutes les liquidités nécessaires, sauf que l’argent ne circule plus entre les établissements en excédent de trésorerie et les autres. Mais en même temps, la BCE, tout comme la Banque d’Angleterre et la Fed, doit corriger les excès de la bulle du crédit, lesquels sont précisément à l’origine de la crise du subprime américain.
À ce jour, il semblerait que les économistes soient démunis pour évaluer l’impact dépressif qu’une crise bancaire non maîtrisée pourrait entraîner sur l’économie réelle. Jean-Philippe Cotis, le chef économiste de l’OCDE, l’a reconnu humblement avant-hier en corrigeant à la baisse ses prévisions de croissance pour la plupart des pays de l’OCDE. Si ces révisions ont créé un tel émoi en France, on n’a pas suffisamment porté attention au fait qu’elles n’intégraient que les conséquences réelles du ralentissement de l’immobilier sur la croissance aux États-Unis, et ses effets indirects sur les autres pays.
Un choc de nature financière est infiniment plus difficile à appréhender qu’un choc pétrolier. Il est d’autant plus vital que les banques centrales, et les banques commerciales plus encore, remettent rapidement les choses en ordre.

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